Apple : le commencement de la fin de l’idolâtrie ?

Actualités - Société - Posté on 11 Oct 2010 at 4:01 par cnis-mag

S’il est une facette de la sécurité que soignent scrupuleusement les grandes entreprises commerciales –notamment les banques-, c’est bien la préservation de l’image de marque, par l’entretien permanent d’un aréopage d’hagiographes conscients ou inconscients de leur dépendance.

Or, en ce début de semaine, plusieurs journaux Français ( Libé, 20 Minutes et bien d’autres ), ont réagi avec vivacité à la découverte d’un dépôt de brevets portant sur le possible filtrage de contenu des SMS expédiés depuis les mobiles Apple. Brevet sur un moteur d’analyse sémantique capable de repérer des contenus jugés indécents par la Sainte Inquisition de la Jobs’s Company. Et nos confrères de s’émouvoir –avec des exemples troublants de ressemblance- sur les possibles « faux positifs » cinématographiques que pourraient provoquer la mise en application d’un tel programme. Aucun confrère, en revanche, qu’il soit Français ou Américain, ne fait remarquer que ce qui devrait être censuré, ce n’est pas la grossièreté des propos que peuvent dactylographier nos chères têtes blondes lors d’un échange de texto, mais la profonde vulgarité que représente l’idée même d’une censure des mots (et par conséquent de la pensée) de ses propres usagers. Fussent-ils mineurs. Certes, des grossièretés à la Père Ubu (Merdre, Cornegidouille, par ma chandelle verte ! Connard, Cornard, Savoyard !) sont l’expression d’un dictateur. Mais c’est l’idéologie du dictateur que dénonce Jarry, c’est l’insanité de ses idées qui est condamnable… qu’importe la manière avec laquelle il incendie ses palotins. Et c’est en alexandrins que Jean Yanne disait à ce propos

« Plantier, vous êtes un con. Vous me trouvez grossier,

et moi, mon cher ami, je vous trouve vulgaire.

Vendre la merde, oui, mais sans dire un gros mot

Tout le monde est gentil, tout le monde il est beau

L’autre aspect passionnant de cette histoire linguistique réside dans l’importance que de nombreux confrères ont cru bon donner à cette péripétie qui ne concerne après tout qu’un simple dépôt de brevet, et non la mise en application de ladite censure. Et des brevets de ce genre, il doit s’en empiler quelques centaines dans les tiroirs de Cupertino, de Redmond, de Santa Clara ou de Los Altos.

Car il n’y a pas 5 ans, entre deux nouveaux iPhone et trois AppleExpo, jamais la moindre critique n’aurait filtré avec autant de « fermeté » et de consensus dans les médias Français. Pour preuve, les premières censures relevées dans la diffusion des œuvres et programmes disponibles sur iTune n’ont été dénoncées que par des spécialistes, quelques francs-tireurs isolés soutenus par un quarteron de geeks rapidement qualifiés de Windowsmaniaques aigris. L’image d’Apple serait-elle en train de prendre un coup de vieux ? L’idolâtrie systématique et la pensée unique Appelienne (qui a pris sa source dans les années 80 parmi les premiers aficionados du BBS Calvacom et dans le charisme de Jean-Louis Gassé) tournerait-elle au vinaigre ? Ou plus simplement, tout comme cela s’est déjà passé dans le monde Windows, pour l’épopée Google, pour la folie Facebook, cette désacralisation ne marque-t-elle pas le passage du stade « marché vertical » adolescent à celui de « vecteur industriel grand-public et généraliste » adulte ? Jusqu’à présent, Apple devait son succès à deux choses : de bonnes machines dans un habillage marketing élégant, une coquille séduisante visant un public d’adulescents*. Si le folklore et la mystique de la Macintosh Company ne font plus recette, il ne restera plus alors que les « bonnes machines ». Pas de quoi s’inquiéter et revendre ses actions.

*Ndla Note de l’Auteur : Ce qui ne définit heureusement pas l’ensemble de la clientèle Apple, est-il nécessaire de préciser.

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