Enfin, l’Elysée et l’intérieur perdent une clef USB « confidentielle »

Actualités - Sécurité - Posté on 21 Août 2012 at 9:07 par cnis-mag

Après des années de dialectique ampoulée durant lesquelles les caméras de flicage se transformaient en protecteurs musclés et les intrus informatiques ne « parvenaient à ne rien dérober », voilà que nos confrères du Parisien apprennent que des plans de l’Elysée, du Ministère de l’Intérieur et de la Préfecture de Police de Paris ont été dérobés. Plans contenus sur des clefs USB et disques durs qui auraient été kidnappés avec d’autres documents et appareils appartenant à un entrepreneur de BTP travaillant pour l’Administration.

Certains de nos confrères s’émeuvent du fait que ces plans n’auraient pas étés cryptés ce qui est totalement inexact. Toute personne ayant tenté de retrouver son chemin dans les dédales des couloirs du Quai des Orfèvres sait fort bien que l’organisation de ces lieux est hautement cryptique. Ou alors notre éminent confrère voulait-il parler de chiffrement des données ? Et de préciser que lesdits plans « sont très précis puisque l’emplacement de chaque pièce y est représenté »… ce qui, pour des plans, semble être une fonction a priori fondamentale.

Selon la coloration politique des quotidiens relatant l’affaire, l’importance du larcin oscille entre la petite délinquance et la Haute Trahison. Nos confrères de Libé rapportent les propos de la Préfecture qui précise « les documents (volés) ne relèvent pas de la catégorie des documents classifiés et les informations qu’ils contiennent ne mettent pas en péril la sécurité des sites concernés », tandis qu’au Figaro, l’éclairage change légèrement « Ces documents hautement confidentiels entraient dans le cadre d’un plan de vidéoprotection de la ville de Paris, selon le quotidien. Sensibles puisqu’ils représentaient l’emplacement de chacune des pièces de ces bâtiments, les fichiers n’étaient pas cryptés pour autant ». Crypté, vidéoprotection, hautement confidentiel… la novlangue anxiogène a encore la vie dure dans certains titres.

Dans les faits, la « Présidence Normale » semble donc renouer avec une tradition de « transparence normale » faisant état de « bévues normales », comme cela se pratique depuis des années dans d’autres démocraties d’Europe, notamment en Allemagne et en Grande Bretagne. Le scoop, contrairement à ce que prétendent nos confrères, n’est pas que les plans de trois administrations (dont la première de France) soient tombés entre les mains de petits voleurs à la tire. Non. Le scoop, c’est que l’on en parle enfin dans les journaux. Et ça, c’est un signe notable d’évolution de la démocratie et de la liberté de la presse.

Après le mythe de l’Administration qui ne saurait être victime de la moindre fuite, il serait peut-être bon que d’autres fables trépassent. Notamment celles de l’inviolabilité des données bancaires en France (seules les banques étrangères ont perdu des clefs USB à ce jour) ou du caractère inexpugnable des infrastructures Scada Nationale. En 40 ans d’informatique industrielle, une seule intrusion au sein de l’intranet Areva, c’est peut-être la preuve que les lois statistiques nous mentent. Ou pas.

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