Facebook, les diables sont dans plein de détails

Business - Stratégie - Posté on 20 Déc 2018 at 5:59 par cnis-mag

Jamais il ne s’est publié en aussi peu de temps autant d’articles de presse à propos de Facebook. Jamais, non plus, réseau social n’a provoqué une telle campagne de critiques, voir de remarques parfois haineuses sur les réseaux sociaux. Ni Microsoft, ni même Yahoo lors de la crise des « fuites massives d’identités » n’ont créé une telle unanimité.

Le premier tir de missile a été lancé par nos confrères du New York Times, avec un article révélant la légèreté et les largesses de la Zuckerberg Company en matière d’exploitation des données à caractère personnel des utilisateurs de ses services. Le scandale Cambridge Analytica, découvert en mars dernier, n’est qu’une infime entorse comparée à la politique « open bar » de Facebook pratiquée avec plus de 150 « partenaires commerciaux » explique le quotidien New Yorkais. Des partenaires parmi lesquels on compte Microsoft, Amazon, Yahoo (sic !), Spotify, Netflix, Sony, la Royal Bank of Canada, certains de ces clients pouvant avoir accès en lecture et déléature aux contenus personnels des abonnés Facebook.

Des accusations totalement biaisées, voir erronées estime Ime Archibong, VP of Product Partnerships, dans un billet de blog rédigé à la hâte et expliquant en substance que tout le monde était prévenu, que ces communications d’information étaient clairement précisées au fil des CLUF et autres discussions publiques… alors, où est le mal ? de son côté, Konstantinos Papamiltiadis, Director of Developer Platforms and Programs reprend l’air et la chanson : « We’ve been public about these features and partnerships over the years because we wanted people to actually use them ». Les arguments méritent de figurer dans le « manuel du parfait promoteur immobilier/vendeur de voitures d’occasion ». La légitimation par la transparence auprès de « journalistes et analystes réputés »… mais certainement pas auprès des institutions régaliennes semble-t-il.

Ce n’est donc pas un hasard si le Procureur Général du District de Columbia entame, cette même semaine, une procédure en violation des lois sur la protection des consommateurs, conséquence directe de l’affaire Cambridge Analytica. Une affaire, rappelons-le, qui ne porte « que » sur 87 millions d’usagers des services Facebook, une portion infime des quelques 2,2 milliards de comptes qui pourraient être concernés par les coups de canifs dans le contrat de confiance révélés par l’article du NYT. Ceci sans même mentionner les conséquences de plusieurs failles de sécurité régulièrement découvertes puis colmatées, telle celle qui, il y a un peu plus d’une semaine, nous apprenait que 6 8 millions de photographies personnelles et non publiques étaient accessibles par le simple usage de plus de 1500 « apps » de tierces parties.

« Abandonnons Facebook, revenons aux sites web personnels » s’exclame Jason Koebler dans les colonnes de Motherboard. Un cri du cœur qui ne tient pas compte du fait que si Facebook a connu un tel succès, c’est précisément en raison d’une part de la simplicité avec laquelle il était possible de mettre en ligne n’importe quel écrit, et d’autre part de la promesse de propagation de ces écrits grâce à la structure en réseau des millions de pages personnelles ainsi créées. La puissance et l’intelligence de Zuckerberg est d’avoir su exploiter l’hubris et l’égotisme des « digital native », sa faiblesse et son erreur est de n’avoir su en deviner les limites.

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