Kaspersky victime des failles de la NSA

Politique - Stratégie - Posté on 17 Oct 2017 at 8:12 par cnis-mag

La presse US se déchaîne littéralement depuis que le Wall Street Journal a publié les confidences d’un « correspondant anonyme » semblant émaner de la NSA, et tendant à prouver (sans réelles preuves) l’implication de l’antivirus Russe dans une opération de vol de données confidentielles détenues par l’agence de renseignements US.

Il n’y a pas 4 ans l’affaire Snowden révélait à quel point la confidentialité des données de la NSA ne tenait qu’à un fil, celui de la probité de ses « sous-traitants » tels que Booz-Allen Hamilton. Et voici qu’une nouvelle fois l’employé d’un de ces sous-traitants dérobe des informations « hautement classifiées » des serveurs de la « No Such Agency » et les copie sur un ordinateur personnel (Russian government stole details of how the U.S. penetrates foreign computer networks and defends against cyberattacks after a National Security Agency contractor removed the highly classified material and put it on his home computer). Que, par la suite, les services de la Loubianka profitent de l’aubaine, avec ou sans le secours de failles découvertes dans les logiciels Kaspersky, et récupère au passage lesdites informations fait partie de l’éternel jeu auxquels se livrent les barbouzes des deux blocs depuis près d’un siècle.

Ce qui, en revanche, ne semble plus du tout émouvoir ni le WSJ, ni l’agence Reuter ni les dizaines de grands médias nationaux US qui ont repris l’information, c’est l’origine de la fuite. Après les 3 milliards d’identités évaporées de Yahoo, le trou croissant de Deloitte, le précipice sans fond d’Equifax, les Etats-Unis semblent accepter avec stoïcisme les saignées numériques provoquées par les sous-traitants indélicats et l’incapacité de la NSA à conserver le moindre secret en raison de sa taille tentaculaire et son recours systématique à des entreprises extérieures. Kaspersky est une victime expiatoire bien pratique servant à mal camoufler un dysfonctionnement endémique des rouages les plus secrets de l’Etat Fédéral. A tel point que le responsable de cette situation, qui, 3 ou 5 ans plus tôt aurait fini ses jours derrière les grilles de Guantanamo, voit son identité jalousement protégée par ceux-là mêmes qui souffrent des conséquences de ses impérities.

Pour Eugène Kaspersky, le seul tort, et il est de taille, aura été de se faire remarquer au mauvais moment, en déclenchant un triple procès en concurrence déloyale visant notamment Microsoft. Un pas de clerc très peu diplomatique et aux conséquences prévisibles. Pour tenter de calmer les esprits, le patron fait front avec bravoure et réitère sa proposition d’audit de code. Un audit qui prouvera, explique-t-il, l’absence de portes dérobées estampillées ou non par le KGB et ses successeurs.

Suggestion immédiatement taclée par au moins un de ses concurrents US, le Directeur Exécutif de Symantec. Celui-ci vitupère et explique que l’analyse de ses codes-sources « compromettrait la sécurité de ses produits ». Etrange affirmation de la part d’un ténor de la SSI… la sécurité par l’obscurantisme serait donc plus efficace qu’un algorithme mathématique.

Pendant ce temps, les « marchands de pépins et de waterproof numériques, se frottent les mains». Gadi Evron gazouille la photo d’une offre de la chaîne Office Depot qui propose d’échanger « gratuitement » les défenses périmétrique Kaspersky pour les remplacer par son pendant McAfee. Déjà, mi-septembre (bien avant les « révélations anonymes » de la NSA), ce même éditeur orchestrait une campagne publicitaire de « récupération de marché », témoigne Graham Clueley. Tandis que Kim Zetter s’insurgeait devant une autre campagne commerciale anti-Kaspersky, organisée cette fois par la chaîne de distribution Best Buy.

Rappelons que la crise d’espionite aigüe qui frappe les USA a été déclenchée par l’équipe Trump, invoquant de prétendues écoutes et tentatives d’influence du FSB au cours des dernières élections Présidentielles US. Si les preuves d’une manipulation brillent par leur absence, de lourds soupçons de contrôle massif de l’électorat par l’équipe du candidat Trump, et par Steve Bannon en particulier semblent se confirmer, témoigne notamment TV5 Monde.

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