NdlC, Note de la Correctrice : Sorry So-honni Sony

Actualités - Société - Posté on 30 Avr 2012 at 7:14 par cnis-mag

Je profite des 10 minutes d’inattention de la rédaction (partie s’encanailler en Bretagne Grande à l’occasion d’Infosec), pour faire part à mes lectrices adorées d’un article signée par ma charmante consœur* Florence Waters, qui travaille au Telegraph. Le papier en question tient en une photographie, celle d’un DVD-R (enregistrable) sur lequel serait contenu l’original du film Millenium 1 (version Hollywood). Ledit DVD-R est griffonné d’un feutre rageur « The Girl with the dragon tatoo » (en Français : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, titre d’un roman à succès du regretté Stieg Larsson). Le long-métrage de David Fincher avec le beau sur-mâle Daniel Craig déjà piraté ? Que nenni ! Nous explique Florence. C’est là un véritable original garanti sur facture, étudié pour, provocateur par esprit marketing. Et ma consœur d’expliquer « Sony (…) designed the DVD (…) to reflect the hacker theme of the movie, and perhaps also to highlight the growing problem of pirate copying » ( Sony a dessiné ce DVD pour illustrer le thème du hacker présent dans le film, et peut-être pour mettre en relief le problème croissant des copies pirates). Or donc, Hacker==Pirate, si l’on comprend bien Sony, entreprise réputée pour sa maîtrise et sa connaissance en matière de sécurité informatique, auteur de rootkits de protection remarquables, animateur d’un jeu en réseau pour Playstation et Ordinateurs Anonymes Associés (aka DdoS) qui a su conquérir le monde entier). Nilhil nove sub sole. D’ailleurs, il n’existe aucun véritable hacker au sein des équipes sécurité de Sony… si c’était le cas, cela se saurait.

Entre temps, une autre consœur (décidément) Phalène de La Valette, du Fig, laisse entendre que l’idée viendrait en fait de David Fincher lui-même. « Coco, mon directeur artistique et mon poisson rouge pensent que ça fait couleur bocal ». Qu’importe l’origine, le résultat est là.

Quant à moi, maman de charmants ados qui considèrent la chose audio-vidéo comme de peu de bien et brouet de consommation courante (donc valant à peine le prix de la galette de polycarbonate sacrifiée pour passer la série « Desperate Houswife » à un copain) je me mets à la place de nos chers (très très chers d’ailleurs) employés-de-bureau-de-la-Rue-du-Texel. Car quand on se drape de la toge de l’éducation, de la sensibilisation des foules, lorsque l’on doit inciter au respect et à la décence devant le dénuement extrême dans lequel le piratage pousse des entreprises comme Sony, on a un peu de mal à expliquer que « non, tout çà c’est rien qu’à du marqueutinje, que le piratage c’est le mal et que Sony avec sa campagne, est en train de pousser l’aïeul dans un massif d’Urtica dioica ». Ils n’ont pas la vie facile, à l’Hadopi. Entre les rapports à faire écrire par les autres, des chiffres à interpréter de manière politique, des sous-traitants de la surveillance à surveiller, si en plus il faut expliquer la différence entre le véritable piratage et le racolage vulgaire, on n’est pas sorti du MacDo…

Et puis, entre nous, vous ne trouvez pas cette campagne un rien sexiste ? Pour une fois qu’une fille est plus à l’aise derrière Wireshark que devant ses fourneaux, qu’elle ne répond pas aux canons sexuels de la blonde évanescente arborant un 95C dans une robe-fourreau qui en dévoile plus qu’elle n’en cache (tenue pratique pour farfouiller dans une armoire 19 pouces, tiens)… Le genre féminin hacker n’est pas conforme ou conformiste, il faut l’associer à un acte de piratage. D’accord, elle n’est pas blanc-bleu, la miss Lisbeth Salander, avec ses remote sur les machines des gens qu’elle a dans le collimateur. Mais c’est toujours pour la bonne cause, et c’est pas prouvable… 100% plausible deniability proof, elle est sacrément forchiche, Lisbeth. En outre, comparer un sploit du calibre de ceux qu’elle utilise à une vulgaire utilisation de DVD-Schrink, c’est limite insultant. Ajoutons que lorsque les mecs sont aux commandes, alors Total Respect. Pas une seconde un Sony ou un Universal n’aurait osé concevoir une illustration de DVD semblable dans un film mettant en scène un hacker mâle. La trilogie Matrix en pseudo .mkv ? La bande annonce de Johnny Memonic sur www. Warner.nu/megaTopDownload ? Operation Espadon en basse définition, bande son cafouilleuse façon « cam » et streaming payant ? (remarquez, mesdames, que les nanas, dans ce film, ne sont pas particulièrement derrière les claviers). Le « vrai bon hacker », dans l’imagerie d’Epinal Hollywoodienne, c’est soit un ado boutonneux, nolife, binoclard et arborant un appareil dentaire digne des défenses du Mur de l’Atlantique, soit un suburb lover habillé grunge avec yeux bleus et barbe de 4-5 jours très précisément et qui doit nécessairement éveiller l’instinct maternel de ses voisines béates d’admiration mais tout de même larguées côté informatique. On n’y voit jamais une fille normale, qui se lève parfois du pied gauche, qui peste parce qu’elle a oublié de documenter un bout de code pondu il y a 4 mois, qui se désespère parce que précisément son mec ou son chef de service lui demande pour la énième fois « Pourquoi j’arrive pas à imprimer » alors qu’elle code une manière de weaponiser avec élégance le dernier CVE 2012-31334.

* eh oui, les correctrices ont aussi une carte de presse et sont donc considérées comme des journalistes

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