Passeport : Place au « maillon faible »

Actualités - Hack - Posté on 16 Déc 2011 at 10:19 par cnis-mag

« Ah, qu’il est difficile de bâtir un état policier » aurait rétorqué fielleusement une Laurence Boccolini virtuelle. Car si l’on en croit nos confrères du Parisien, du Figaro, de 20 minutes, de l’Express, de France TV Info pour n’en citer que quelques-uns, le « super passeport inviolable biométrique que même les méchants pirates informatiques ne peuvent compromettre » se falsifie à tour de bras dans les locaux des préfectures de France. Dans quelles proportions ? Entre quelques milliers et 10% des documents délivrés (chiffres avancés sans véritable preuve ou enquête sérieuse). Les données sont aussi vagues et les chiffre avancés aussi « estimés » que l’annonce est anxiogène.

Encore un coup des hackers de RFID ? Une sale blague des truands du « remote exploit » sur les ordinateurs du Ministère de l’Intérieur ? Un fric-frac à l’italienne qui a compromis les stocks des imprimeries hyper-gardées chargées de la production de ces documents de voyage ? Que nenni ! Car pour obtenir une telle pièce d’identité officielle, il suffit d’un extrait d’acte de naissance, papier qui s’obtient généralement par simple demande téléphonique ou par Internet. Le « maillon faible », c’est l’administration elle-même. Une administration qui n’y peut rien et qui se trouve confrontée à un problème déterministe digne d’un sujet du bac : doit-on prouver son identité lors de la demande d’un justificatif d’identité destiné à fabriquer un justificatif d’identité ? Face à un tel dilemme administrativo-cornéliano-policier, l’âne de Buridan et le rasoir d’Occam peut aller se rhabiller.

Du coup,des « milliers de vrai-faux passeports » auraient été délivrés pour le compte « d’étrangers en situation irrégulière, escrocs » et autres malandrins. La surprise est de taille !

Enfin, pas tout à fait. Ne sont surpris que quelques journalistes de la presse généraliste. La fabrication des vrai-faux passeports est une science typiquement française. Parfois d’origine mafieuse (ainsi le faisait remarquer notre confrère Bakchich il y a pratiquement 3 ans (http://www.bakchich.info/france/2009/01/15/comment-on-fabrique-de-vrais-faux-papiers-dans-les-arriere-cuisines-du-milieu-54495), démontant pièce par pièce la procédure utilisée), parfois d’origine plus ou moins officieuse et franchement politique (http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/la-cavale-d-un-agent-double_476092.html) comme nous le rappellent les archives de la presse des années 86 (dont cet article synthétique de nos confrères de l’Express), parfois encore totalement historique (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Kahn-Farelle). La fabrication des faux papiers officiellement validés par les Préfecture est, en France, plus qu’une tradition. C’est une référence culturelle, un patrimoine génétique du pays pétri d’encrage de Mariannes en patatogravure « taille douce ». Tenter d’interdire ce genre de filière est aussi vain que de prétendre développer un algorithme de chiffrement éternellement inviolable ou espérer que l’Etat et la Police seront toujours garants des libertés de pensée ou d’action. Ce serait oublier un passé encore récent.

A moins que… A moins que cette « révélation » soit une manière détournée, une « fuite orchestrée » visant à justifier un autre train de mesures législatives venant renforcer les « lois sur l’usurpation d’identité» déjà prévues par la Loppsi. Mais ce serait franchement médire.

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