Quand SSI rime avec démocratie

Actualités - Billet - Posté on 22 Oct 2018 at 7:52 par cnis-mag

La politique est-elle en train de se dissoudre totalement dans les nouvelles technologies ? Longtemps, dans la bouche de nos élus, les mots « réseau », « sécurité », « informatique » et autres néologismes électronico-techniques n’étaient qu’une forme dérivée d’une logorrhée scientiste, prometteuse d’un développement économique futur ou d’un renforcement du fichage de masse sous prétexte de protection de la veuve et de l’orphelin et des ayant-droit de l’industrie des loisirs.

Mais après avoir chanté les louanges des TIC, voilà que ces mêmes élus voient leurs certitudes s’évanouir. Et si, après tout, ils n’avaient pas favorisé l’émergence de ce qui sapera le fondement même de leur pouvoir, et notamment les mécanismes électoraux ? Aux USA, en tous cas, le bourrage d’urnes et l’intoxication sont un peu plus que de vagues craintes.

Nos confrères de ZDNet se plongent notamment sur les ventes en gros des fichiers d’électeurs. Dans un pays où le démarchage téléphonique utilise les mêmes méthodes pour refourguer de la lessive ou du candidat, la mise en vente des fichiers électoraux de 19 Etats, soit près de 35 millions d’identités et coordonnées, fait l’effet d’une petite bombe. Une fuite vérifiée et analysée conjointement par deux cabinets spécialisés dans la « threat intelligence », Anomali et Intel471.

Les deux cabinets se complaisent simplement à commenter une sorte de guerre du Golf de la vente de fichiers sur le « darkeunaite », en passant pudiquement sur le fait que ces fichiers ont assez peu d’importance d’un point de vue stratégique. Car la liste ne comporte que 4 « Swing States” (Iowa, Minessota, Ouest Virginie et Wisconsin). Les vendeurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, puisque c’est le fichier Wisconsin qui est vendu le plus cher, à 12500 USD pour 6 millions de votants, alors que le Texas, qui n’a été un Etat-charnière qu’en 1960, est bradé à 1300 USD pour 14 millions de votants, en très grande majorité Conservateurs. Rien ne prouve non plus que ces mises en vente aient effectivement eu lieu et que les tarifs proposés aient été payés rubis sur l’ongle. Les vendeurs du darkeunaite ressemblent souvent à ces hommes politiques dont la valeur réelle est souvent bien en deçà de celle à laquelle ils s’estiment eux-mêmes.

La campagne de presse orchestrée par les deux « vendors » fait vibrer la corde de la manipulation de masses par une armée de l’ombre à la solde de forces occultes. Ce qui confirme l’idée que les grands messages conspirationnistes et les premiers propagateurs de peur, d’incertitude et de doute sont souvent émis par des professionnels de la prestation sécuritaire facturée à l’heure. Mais il faut reconnaître que l’opération marketing est belle, avec plus de 18 000 résultats Google mentionnant cette étude. Seul le DHS, le département de la sécurité intérieure US, minimise l’importance de l’analyse, non pas parce qu’elle ressemble à une outre remplie de vent, mais parce qu’il est « fortement improbable que ces fichiers soient le résultats d’un hack des serveurs de l’Administration Fédérale ou des Services d’Etats chargés des élections », témoigne Defense One. Une fois de plus, sauver les apparences plutôt que de peser les conséquences de l’événement.

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