Tous fliqués ? Oui, mais pas par les mêmes

Politique - Stratégie - Posté on 20 Juin 2017 at 9:14 par cnis-mag
John Wunderlich

John Wunderlich

C’est Bruce Schneier qui a été l’un des rares à attirer l’attention du public sur un article de la Stanford Law Review signé par Alan Rozenshtein et traitant des « intermédiaires de la surveillance ». Article dont l’élément déclencheur a été la lutte opposant en 2016 Apple et le FBI dans l’affaire du téléphone chiffré après la tuerie de San Bernardino.

Pour Rozenshtein, il ne s’agit en aucun cas de présenter Apple comme le vaillant défenseur de la vie privée, mais d’analyser le contre-pouvoir « de fait » mis en évidence par le refus de cette entreprise de collaborer avec les autorités Fédérales. On peut parler, explique l’auteur, de l’émergence d’un groupe d’intermédiaires de la surveillance. Des intermédiaires qui ont à la fois les pouvoirs financiers et idéologiques leur permettant de résister à la pression des organismes d’Etat. Leurs armes, les arguties juridiques, les louvoiements légaux, une attitude procédurière, un rejet systématique de toute collaboration a priori avec les autorités et la fourniture d’un « service minimum » en matière de fourniture des données. Flic, d’accord, mais pour son propre compte, et non celui de l’Etat.

Ces spécialistes de la surveillance numérique possèdent les outils adéquats, et maitrisent lesdits outils à tel point qu’ils peuvent les utiliser à l’encontre des autorités. Une force qui sert donc à entraver toute tentative de surveillance plus approfondie par un pouvoir policier. En d’autres termes, ce n’est pas par pure bonté d’âme qu’agissent ces chevaliers d’industrie, mais bien parce qu’ils ont compris qu’ils ont tout intérêt à détenir une part importante de cette « puissance de surveillance », donc de pouvoir « tout court ». Ce que l’auteur appelle la « séparation des pouvoirs de surveillance ».

La surveillance a longtemps été une prérogative régalienne. La société libérale a fait en sorte qu’une partie de ce pouvoir change de main, écartant du coup le spectre d’un techno-totalitarisme d’Etat tant redouté par les écrivains de science-fiction des années 80, mais faisant surgir la menace d’une aliénation de l’individu par des conglomérats privés et supranationaux… dénoncée par la génération suivante des auteurs de S.F. Rozenshtein est un juriste, il ne fait pas de politique-fiction et se contente de mesurer, en 70 pages et 360 notes et références (plus fort qu’un ouvrage de la Pléiade) l’étendue de cette nouvelle distribution des cartes, avec ses implications économiques, politiques, légales et ses conséquences sur la vie privée.

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