UBER : Chasser les flics, « an App for that »

Business - Stratégie - Posté on 10 Mar 2017 at 9:50 par cnis-mag
Matthew Rutledge

Matthew Rutledge

L’actualité autour d’Uber ressemble à une partie de Mille Bornes, dans laquelle chaque joueur abat ses « bottes » et ses « coups fourrés ». Un pneu crevé pour la publication de la vidéo d’un Travis Kalanick plein de morgue et de mépris. Limitation de vitesse face aux conditions de travail draconiennes qui lient l’employeur à ses « employés-patrons». Panne d’Essence avec les différents légaux et techniques d’un Google qui accuse Uber de vol de technologie. L’image de marque de l’entreprise dégringole un peu plus chaque jour.

Mais c’est le New York Times qui vient d’abattre la carte « Accident », en révélant l’existence de Greyball, une « app » chargée de profiler chaque client d’Uber et annuler la course si celui-ci appartient au mieux à une entreprise concurrente, au pire à un organisme de police ou de contrôle fiscal.

Dans un pays où la petite entreprise ne connaît pas la Cnil, tout au plus les communiqués rageurs de l’EFF ou de l’Epic, cette initiative « visant à renforcer la sécurité des chauffeurs » indigne les médias et scandalise la police. Pour quelle raison ? Qu’est-ce qui différencie le profilage perpétuel d’un Google ou d’une NSA de celui d’un Uber ? Peut-être simplement le fait que l’un est en grande partie virtuel et l’autre débouche sur un acte concret. Mais c’est également une question sociétale

En Europe, la définition platonicienne de la République pourrait se résumer en une phrase lapidaire : « seule structure habilitée à employer des moyens que condamne son corpus législatif ». Tuer, agresser son voisin, kidnapper, racketter, dicter un comportement de manière coercitive est un délit lorsque pratiqué par un particulier, et un droit régalien pour un Etat-Nation, que l’on appelle justice, armée, police et finance.

Outre Atlantique, cet attachement aux droits régaliens est un peu plus distendu, mâtiné d’esprit libertarien, cherchant à chaque instant de s’affranchir de tout carcan étatique ou de toute inféodation à l’assentiment populaire. Ce qu’Alexis de Tocqueville désignait par le « refus d’une dictature de la multitude ». Sans ce rêve libertarien et libéral, point de startup, de rêve Américain, de plans audacieux et de fortunes rapides. Moins de protection sociale de l’individu, d’unité des textes de loi sur l’ensemble du territoire, d’égalité devant l’impôt, d’équité devant la justice et de respect scrupuleux de la vie privée.

Une situation qui n’aurait que très peu d’importance si ces différences sociétales étaient confinées. Ce qui est loin d’être le cas, puisque les Google, Uber, Microsoft exportent et imposent leur modèle de fonctionnement en Europe. Si Greyball est de l’histoire ancienne et n’a a priori pas concerné le marché du vieux continent, tout le reste, de la paupérisation des pseudo-employés aux méthodes de management d’une brutalité extrême a bel et bien été imposé en nos contrées. Jusqu’à quel point ? Que les développeurs d’Uber se rassurent. Dans le monde des produits et services, il y a toujours moyen de se lancer dans une formidable opération de retrofit marketing pour donner une nouvelle vie à Greyball. Un abonnement « baluchonnage et monte-en-l’air » facturé 25 % des gains journaliers, une édition « spéciale Ministre délégué chargé du Budget » en langue Helvétique (non, pas le Romanche, le patois Banquier), voir un « custom design » ne nécessitant que très peu de modification, pour conducteurs de go-fast ou commerçants de végétaux biologiques, Place de la Boule à Nanterre.

Laisser une réponse