L’art de « formater à bas niveau » un utilisateur 2.0

Actualités - Société - Posté on 09 Fév 2010 at 12:33 par cnis-mag

Deux papiers viennent agiter le landernau de l’administration. Le premier est signé Lauren Weisnstein et s’arrête sur une idée émise à Davos par Craig Mundie, Chief Research and Strategy Officer chez Microsoft : il faudrait instaurer un « permis de conduire sur Internet ». Logique, pour circuler sur les autoroutes de l’information. Attention, pas un papier de complaisance, mais un véritable examen qui permette à nos Etats Nations de régner sur une populace sachant que « The Internet is the biggest command and control center for every bad guy out there ». Et de continuer « We need a kind of World Health Organization for the Internet», un espace propre, marchant au pas cadencé des trames 802.1 formatées et filtrées …

On ne peut s’empêcher de penser aux propos de Monsieur Frédéric Lefebvre qui voyait en Internet un nid de psychopathes, de violeurs, de poseurs de bombes, de manipulateurs et de dangereux capitalistes libéraux. Mais alors que le porte-parole de l’UMP souhaite placer un policier derrière chaque abonné au câble et à l’ADSL, Mundie, pour sa part, opte pour une solution correspondant plus à une vision américaine du problème : transformer chaque citoyen en individu responsable, capable de prendre lui-même la sécurité d’Internet en main quitte à la faire respecter en cas d’absence d’autorité locale. En caricaturant à l’extrême, l’on peut conclure qu’il se répand une idée étrange au sein de certaines édiles, celle qu’Internet est une arme et qu’il est bon que l’emploi de cette arme soit placé sous le contrôle d’un examen sélectif. Le terme « permis de conduire » est certes moins choquant mais l’idée sous-jacente, le but et le résultat sont strictement semblables.
On imagine très bien ce à quoi un permis de surfer pourrait ressembler : La version poids-lourd demanderait un calcul de masque de sous-réseau, la théorie et pratique d’un sniffer (hormis en France ou de tels outils sont assimilés par la LCEN à des armes de destruction massive) et la récitation par cœur des 1024 premiers « well known port number », à rebours et sans compter sur ses doigts. La version Permis VL n’exigerait que quelques notions d’architectures simplifiées, une analyse pratique des principaux protocoles de chiffrement, une qualification Microsoft Certified Professional orientée Firewall/antivirus, et un test rapide de l’acuité visuelle permettant à l’impétrant-internaute de reconnaître du premier coup d’œil une page de phishing, un bon navigateur d’un mauvais parmi un tas de version d’I.E., de Chrome, de Firefox et de Safari.

L’on pourrait même imaginer des « permis mobylette » et des stages de « conduite accompagnée » limités strictement à l’enceinte du réseau local, dans le cadre étroit d’un protocole non routable… à tout hasard Netbeui, histoire de préparer à l’examen en question. Changer de carte Ethernet de secours, vérifier la vidange des caches, contrôler les niveaux de spam, apprendre à boucler sa ceinture périmétrique, maîtriser sa vitesse durant les téléchargements (légaux) de fichiers (encore plus légaux).

Parano, Mundie ? Pas le moins du monde. The Raw Story rapporte même les propos de André Kudelski, l’héritier de la prestigieuse marque Nagra –magnétophones mythiques des grandes heures de la Radio- et businessman de l’industrie du chiffrement antipirate de contenus audios et vidéos : « New internet might have to be created forcing people to have two computers that cannot connect and pass on viruses. « One internet for secure operations and one internet for freedom ». Il a fallu des années pour que certains responsables sécurité comprennent qu’une machine délivrant les Certificats Primaires d’un C.A. soit enfermée dans un coffre et isolée de tout réseau, il faudra bien un siècle pour persuader les petits internautes d’acheter chacun deux ordinateurs pour maintenir le taux de croissance des touristes de Davos …

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