FIC 2013 : Honny soit qui Mali pense

Actualités - Conférence - Posté on 04 Fév 2013 at 12:52 par cnis-mag

La cybersécurité est comme un mâchon Lyonnais. On y parle de politique, de conquêtes amoureuses, de chasse, de repas gastronomiques… mais jamais de ce qui se trouve dans l’assiette au moment présent. Moyen efficace pour éviter le moindre risque de fâcheries avec la maîtresse de maison.

Il en allait de même dans les allées du FIC 2013, forum essentiellement militaire par définition et par construction, mais dans les allées duquel jamais le mot « Mali » ne fut officiellement prononcé alors qu’il était dans tous les esprits, voir dans tous les instants d’activité de bon nombre de participants. Tout au plus mentionnait-on une vague attaque en déni de service sous bannière jihadiste contre quelque institution nationale… On y parlait avec abondance, en revanche, des hordes de mécréants qui avaient osé pénétrer dans le réseaux d’Areva (un « hack », lors de sa découverte il y a plus d’un an, dont les détails étaient tenus secret), qui avaient osé pirater Bercy ou qui s’étaient joués des défenses de l’intranet de l’Elysée, là encore un accident qui rima longtemps avec un « no comment » de la part tant de l’Anssi que du Gouvernement. Le cybercrime est un plat qui se mange froid. Stuxnet, le virus « conçu par un gentil mais potentiellement dangereux » était également sur toutes les lèvres. Une longue liste de méfaits informatiques mis en réserve, de faits divers croustillants légèrement rassis mais pas trop pour justifier le retour par un gouvernement de gauche de vieilles idées émises par le précédent gouvernement.

Pour Fleur Pellerin, ministre déléguée à l’Economie numérique, revenait sur l’importance d’une politique d’identification (sic) et d’authentification des usagers et d’une sécurisation des échanges visant à rendre possible la construction d’un Internet de Confiance. Ce qui fait titrer à nos confrères de ZD-Net « Fleur Pellerin veut relancer IdéNum ». On est effectivement assez proche des propos de NKM sur la constitution d’un « internet Civilisé » (entendons par là d’un Internet essentiellement commercial). Interpelée lors d’un « point presse » sur l’affaire Amesys et l’éventuelle soumission à autorisation gouvernementale des exportations de ces outils de surveillance globale, la Ministre a affirmé que le gouvernement « entamait une réflexion sur le sujet » et qu’elle n’était pas elle-même opposé à ce principe. Cette gouvernance « a posteriori » donne toute latitude à de futures interprétations techniques en vertu du principe de la liberté d’entreprise et du libre marché. La suite à la prochaine fourniture de cyber-armes.

Deux phrases-choc résument l’intervention du Ministre de l’Intérieur Emmanuel Valls. La première, appréciée à sa juste valeur par la presse présente sur le salon, « Le traitement des infractions de presse doit être repensé compte tenu de la force de frappe d’Internet » Une manière comme un autre d’envisager le durcissement des textes sur la diffamation ou la divulgation d’informations relatives aux vulnérabilités informatiques, et qui ne feront de toute manière pas sourciller le plus virulent des éditorialistes va-t-en-guerre hébergé sur un serveur de Saint Petersbourg ou d’Islamabad. Dura Lex en deçà des Pyrénées, mensonge au-delà. Il est toujours pratique de pouvoir invoquer la Patrie en Danger pour faire taire un folliculaire. L’autre « petite phrase » qui a enjolivé le discours de clôture du Premier Policier de France concernait la nécessité de « décloisonner les frontières administratives ou législatives « absurdes » qui empêchent d’être efficaces ». Briser les carcans mais sans fragiliser le système, puisque le Ministre a annoncé à la fois la création d’un groupe de travail interministériel chargé de la lutte contre la cybercriminalité et la volonté de voir se simplifier les multiples législations gravitant autour du monde « cyber ».

Notons que, malgré le constant souci de placer le citoyen au centre des débats (souvent dans le rôle de cybervictime), pas une seule fois n’a été évoqué le principe d’un CERT grand public ou d’un vecteur d’information destiné précisément à ce même citoyen. L’accent, tout au long de ce FIC 2013, a été porté sur la défense ou le renforcement des défenses des institutions, de l’industrie, des collectivités locales. Autant d’infrastructures dont le fonctionnement repose sur des millions d’individus qui, passé 18 H, retrouvent leur foyer, leurs habitudes « grand public », leurs ordinateurs personnels et leurs plus ou moins bonnes pratiques cybersécuritaires.

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