Fraudes électorales et barbouzeries, vers une SSI citoyenne

Politique - Stratégie - Posté on 20 Sep 2018 at 12:02 par cnis-mag

Ronan

Une plainte devant la Cour Constitutionnelle Allemande visant les « spyware légaux » de l’Autorité Fédérale, un procès entamé en Grande Bretagne exigeant plus de transparence à propos de l’utilisation des « imsi catchers », une vague de critiques de plus en plus acerbes contre le système de vote électronique aux USA, tant du côté des universitaires que de la communauté hackers, autant d’actes qui montrent à quel point les abus des politiques ont déclenché des réactions qui dépassent le simple sentiment de « ras le bol ». Le message est à chaque fois le même : il ne peut exister de régime réellement démocratique sans l’existence de structures capables de surveiller et de limiter les agissements des gouvernements, particulièrement dans le domaine des NTIC.

En Allemagne, DW, c’est l’association Digital Courage secondée par un groupe de parlementaires qui dénonce ce risque de glissement progressif des systèmes d’espionnage numérique. Outils exceptionnels destinés à des situations exceptionnelles (terrorisme, grand banditisme), leur usage tend à se banaliser et à empiéter sur les affaires relevant du droit commun. De là à l’instauration d’une écoute permanente visant à réprimer le moindre voleur de poule, il n’y a qu’un pas.
Réaction comparable en Grande Bretagne ou plusieurs associations de défense des libertés individuelles -Liberty, Privacy Intl.-, ont décidé d’engager des poursuite après du « First-Tier tribunal » pour abus d’usage des systèmes de traçage de terminaux mobiles, alias Imsi Catchers. Car les dépenses en matière d’outils de flicage sont à la hausse, indiquent nos confrères du « Reg » : 1 million de livres pour le Grand Londres, 170 000 livres pour la police d’Avon et Somerset, presque 150 000 livres dans le Yorkshire sud… qui dit dépenses sous-entend usage, et cette intensification des usages dépasse, et de très loin, les affaires de terrorisme qui ont justifié la généralisation de ces cellules de surveillance. Entre défense du territoire et banalisation des pratiques policières, seule une politique de transparence permettrait de déterminer si les forces de l’ordre respectent ou non les droits constitutionnels du pays.

Aux USA, nulle véritable coalition visant à intenter un procès, mais une sorte de prise de conscience collective en réaction aux preuves d’ingérence Russes dans le processus électoral de 2016. Un long billet signé par Steve Bellovin explique les grands principes d’une attaque électorale : viser en priorité les points dont le rapport vulnérabilité/conséquences sont les plus importantes, et tenter soit de modifier les résultats du ballot soit pour favoriser un élu, soit pour décrédibiliser le système électoral tout entier, créant par conséquence un chaos démocratique. Et d’analyser les défauts de la longue chaîne allant de l’électeur aux autorités, en passant nécessairement par la machine à voter et la chaine de transfert des informations électorales. C’est dans cette chaine que s’accumulent les principaux problèmes, et ce n’est par prêt de cesser. Car le moindre argument en faveur d’une réduction des coûts séduit les administrations tant locales que Fédérales. Pour preuve, ce projet de vote par appliquette pour smartphone envisagé en Virginie pour les prochaines primaires. Le niveau de protection marketing surpasse tout ce que l’on peut imaginer, explique le site Voatz : blockchain, chiffrement, effacement des historiques, mobilité, biométrie… manque Cloud et Kubernetes pour passer le cap des 100 points au grand bingo-buzzword.

Pirater un vote est un jeu d’enfant ? Sans l’ombre d’un doute répondent les organisateurs de la DefCon. Cette année, le « voting village » convie les enfants de 8 à 16 ans à un grand jeu-concours d’initiation à la sécurité des infrastructures. Politico s’en fait l’écho. Une initiative totalement supportée par R00tz Asylum, un groupe d’éveil aux sciences et techniques à destination de la génération montante. L’éducation aux principes de la cyberdémocratie commence par la maîtrise des principes de base des techniques numériques. Ce n’est ni de la magie, ni des sciences de haut niveau, juste un peu de travail et de réflexion.

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