Investiture et cyber-sécurité

Politique - Stratégie - Posté on 21 Jan 2009 at 8:30 par cnis-mag

nilA la une de CBS, le retour de la vengeance des cyberterroristes. Interviewé par Rita Braver, de CBS News, le Dr. Joel Brenner, l’un des patrons du National Counterintelligence US, remet sur le tapis l’épouvantail d’une cyber-guerre concertée par l’Internationale Terroriste. Pour appuyer les propos de Brenner, CBS a repassé un court extrait de la série 24H chrono durant lequel l’inoxydable Jack Bauer protège l’Amérique d’une terrible attaque visant les infrastructures énergétiques du pays. (voir également Die Hard 4 ). Avoir choisi une série musclée qui fait l’apologie de la torture et a anticipé l’élection d’un président « African-American » relève d’une subtile manipulation d’opinion. Les plus visionnaires, en chantonnant « Guantanamera …Guajira Guantanamera » pourraient également y voir une allusion indirecte au guêpier diplomatique de Guantanamo.

Passons sur les atermoiements de certains journalistes qui commentent avec enthousiasme le « retour du Blackberry dans la sphère Présidentielle ». De toute manière, il ne pourra pas fonctionner le jour de l’investiture, pensent les experts du monde de la téléphonie. La faute au public smartphonisé qui, à grand renfort de photographies numériques expédiées sous forme de MMS, saturera immanquablement le réseau GSM de la Capitale Fédérale. Saluons plutôt la mise en place effective sur la quasi-totalité des postes-frontière des USA d’une nouvelle mesure de sécurité imposée par le DHS : la prise des empreintes des dix doigts pour tout « visiteur » franchissant la frontière. Sous l’impulsion de Robert Mocny, Directeur du US-Visit fin 2007 puis mis en place peu à peu tout au long de l’année en cours, cette mesure instituant « plus de biométrie pour sécuriser la biométrie » est désormais généralisée. « Since 2004, biometrics have facilitated legitimate travel for millions of visitors entering the United States /…/ The 10-fingerprint upgrade makes this proven system even more efficient and enhances the security of our nation »précise Mocny. Le département US-Visit dépend directement du DHS. Ce cadeau de l’Administration Bush, dont l’établissement initial était considéré comme une mesure exceptionnelle et limitée dans le temps, s’est transformé en procédure normale et définitive. La durée de conservation des données biométriques n’est plus limitée de manière formelle.

Qui sera le premier et prochain Chief Technology Officer des USA ? Car il est fortement question que l’Administration Fédérale Obama cherche à pourvoir un tel poste. Selon Business Week, le sprint final oppose deux gourous indiens (sic) : Padmasree Warrior, qui fut déjà CTO chez Cisco et Motorola, et Vivek Kundra, un CTO de la fonction publique en poste dans l’administration d’Etat à Washington. Traditionnellement, ce genre de fonction relevait plus du « grade » de conseiller ou de secrétaire de Sénateur. Cette officialisation de la technologie dans les rouages gouvernementaux tranche très nettement par rapport aux habitudes de la précédente équipe dirigeante. D’un point de vue diplomatique, la nomination de Warrior pourrait-être mal vue par les anti-lobbyistes.

Steve Bellovin ne retient de tout çà qu’une information : chaque membre du Congrès va pouvoir ouvrir son propre « canal TV » sur YouTube . Et le docte professeur de Boston de s’inquiéter des avalanches de cookies que provoque la simple visite de télé-sénat ou de Voyage autour de ma chambre version District of Columbia. Le tentaculaire Google espionne les citoyens qui cherchent à s’informer ! Bellovin, pas plus que nos confrères du New-York Times, évite pourtant de s’interroger sur un point pourtant évident : quand les hommes politiques créent eux-mêmes leurs propres canaux d’information, à quoi sert la presse, et est-ce véritablement ainsi que les pères fondateurs de l’Amérique voyaient évoluer la démocratie ? Certes, depuis Alexis de Tocqueville, les conceptions sur la démocratie et le libéralisme ont considérablement évolué. C’est peut-être en raison de cette perception très paradoxale de l’héritage de l’histoire et des contradictions du modèle libéral que l’actuel Président a choisi de prendre pour modèle Abraham Lincoln. Lui, le premier Président noir, et Lui, l’abolitionniste convaincu, Lui aussi le plus raciste des Chefs d’Etat Américains, dont le désir le plus ancré était de « renvoyer en Afrique » les esclaves libérés afin d’en effacer toute trace dans le Nouveau Monde.

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