Le FBI regrette le temps des backdoors

Actualités - Société - Posté on 03 Nov 2014 at 10:49 par cnis-mag

misterbisson Il n’a pas lu Steve Bellovin, le patron du FBI. Dans les colonnes du Huffington Post, du Mercury News ou du Reg, le directeur de la police intérieure des USA James Comey vitupère contre l’attitude d’Apple et l’absence de backdoor dans le système de chiffrement du tout nouvel IOS8. Selon ce super-flic, l’utilisation d’un tel système place les citoyens « au-dessus de la loi »… ce qui est naturellement inacceptable pour un pandore consciencieux, inlassable chasseur de pédoterroristes amoureux des téléphones dernier cri. Chiffrer sérieusement est donc hors la loi aux yeux du premier policier des Etats-Unis. Une variation sur l’antienne « Un citoyen honnête n’a rien à cacher et n’a rien à craindre de la police ».

C’est là la toute première réaction d’un haut fonctionnaire Fédéral, ce ne sera probablement pas la dernière. Ce coup de sang prouve au moins deux choses.

Si la colère du patron du FBI se déverse sur Apple et non sur d’autres éditeurs et fournisseurs de services… c’est que les « autres » fournisseurs de service ont peut-être «backdoré » leurs systèmes. Ce n’est en fait un secret pour personne, mais une confirmation supplémentaire ne fait jamais de mal

Les pratiques des services de police et de renseignements ont radicalement changé durant ces dix dernières années, à un tel point qu’il leur est quasiment impensable de ne plus opérer sans ces outils de cyber-surveillance. C’est là une loi purement socio-économique : le renseignement traditionnel, le travail sur la matière humaine (infiltration, surveillance de l’entourage, profilage, enquête de terrain) coûte cher en ressources, en temps et en argent. Bien plus cher qu’une simple pose de « bretelles » virtuelles sur les équipements d’un opérateur. La décision d’Apple ne va pas franchement remettre en cause cette tendance générale à l’automatisation des techniques de barbouses et la généralisation du flicage des citoyens. Mais elle risque d’ouvrir une brèche, de créer un précédent qui pourrait entraîner d’autres acteurs (concepteur de vpn, de firewall, de systèmes de chiffrement utilisés dans d’autres domaines) à observer la même attitude. Ce qui contraindrait les services de police à recourir aux anciennes méthodes, plus lentes et plus coûteuses. Le cri d’indignation de James Comey ne traduit pas l’élan du cœur d’un réactionnaire paranoïaque qui voit des islamistes partout, mais l’inquiétude d’un chef de service de renseignement qui s’inquiète de ses frais de fonctionnement et de l’efficacité de son service.

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