Le Pentagone part en cyberguerre

Politique - Stratégie - Posté on 26 Juin 2018 at 7:43 par cnis-mag

Jim Greenhill

Outre Atlantique, cela faisait déjà quelques années que la posture « cyberdéfense » avait du plomb dans l’aile. Depuis la réunification des moyens d’analyse et de riposte des différentes organisations fédérales et des 3 armes (Army, USAF et Navy) sous un même cyber-commandement, le dicton « the best defense is a good offense » a gagné les hautes sphères.

Mais depuis le printemps, expliquent les enquêteurs du New York Times, le Pentagone s’est livré à une série d’attaques préventives visant, à l’étranger, des centres de développements d’armes numériques, dans le but de les détruire avant même qu’elles puissent être opérationnelles. Ce qui implique soit de solides informations en matière de renseignements, soit d’un taux de paranoïa assez élevé pour voir des cyber-armes de destruction massive dans la moindre version de Calc.exe ou de Notepad. Gardons en mémoire les accents de sincérité de Colin Powell agitant son éprouvette d’anthrax iraquien garanti authentique par la NSA.

Les journalistes du « Times » expliquent pourtant que pas une seule fois le Sénat ne s’est prononcé en faveur d’une telle réorientation stratégique, et que ces actions sont la conséquence d’une plus grande autonomie accordée au Pentagone par l’actuel gouvernement Trump. L’administration Obama avait pu éviter ce genre de débat épineux arguant du fait que de telles attaques devaient parfois être conduites ou transiter par des réseaux alliés, notamment Européens, et étaient donc soumis à un accord multilatéral préalable. Ce qui n’a toutefois pas ralenti ce même gouvernement Obama de lourdement investir dans la recherche et le développement de ces cyber-flingues. L’actuel occupant de la Maison Blanche ne fait qu’utiliser ce qu’a fourbi son prédécesseur. Décision facilitée semble-t-il par une succession de limogeages de quasivoire tous les responsables proches de la mouvance Démocrate peu de temps après le renouvellement de l’exécutif.

 

Omar Chatriwala

Cette décision tacite a de très fortes chances de provoquer quelques vagues de dommages collatéraux. Frappés par une puissance quasi invincible d’un point de vue numérique, les adversaires du pays « great again » vont jouer au billard à trois bandes, en choisissant plutôt des cibles plus vulnérables, mais indispensables à l’économie des USA … et de ses alliés. En laissant la bride sur le coup de ses généraux, l’administration Trump risque donc de déstabiliser la paix numérique des pays industrialisés en Europe et en Asie.

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